Nahel : Le meurtre de trop
- labarricadejournal
- 7 juil. 2023
- 5 min de lecture

Le mardi 27 juin au matin, une vidéo apparaît sur les réseaux sociaux avant d’être reprise plus tard par les médias mainstream. Cette vidéo montre Nahel, un jeune de 17 ans, au volant d’une voiture se faire exécuter à bout portant par un policier. D’après les policiers, Nahel aurait fait un “refus d'obtempérer” et comme mis en place par une loi sous le gouvernement du parti socialiste en février 2017, les policiers peuvent désormais tirer sur des civils si ces derniers refusent de s’arrêter. Cette loi a fait augmenter de façon considérable le nombre de morts tués par balle lors des refus d’obtempérer comme en 2022, où le nombre de morts s’élève à 13 personnes tuées par la police.
Pour Nahel, les policiers ne se sont pas seulement permis de lui ôter la vie ; ils se sont aussi permis de le menacer juste avant. Avec des menaces comme “Éteint le moteur ou je te shoot” ou encore “Je vais te mettre une balle dans la tête” et enfin “Shoot le !”. Après ces mots, Nahel panique et de peur il accélère, le policier exécute alors sa menace et tire dans la poitrine de Nahel. La police considérant maintenant qu’un refus d'obtempérer se paye par la vie.

Les politiciens s’y mettent également, la droite condamne les futures émeutes et essaie de trouver le moindre défaut à Nahel. La gauche de son côté rentre dans son rôle moralisateur, et appelle de suite au calme et à la raison tout en condamnant ce drame. Les militants de la gauche culturelle, eux, commencent à faire leur safari coloniale dans les cités pour aller soutenir cette population qu’eux même méprise, l’apogée de ce safari a pu s'observer lors des marche organisés dans les différentes villes en hommage à Nahel. Cette gauche culturelle qui gentrifie volontiers les quartiers populaires pour chasser les pauvres a sélectionné une nouvelle fois une “lutte classe” pour se racheter un semblant de radicalité et de conscience de classe.
Cependant, malgré les protections prises par l’Etat pour contenir la révolte, le feu populaire ne fait que grandir et dès le premiers soirs, plusieurs banlieues de la région parisienne se soulèvent.
Le second soir, la révolte touche d’autres villes de provinces, et enfin le troisième soir, une vingtaine de villes sont touchées par des émeutes d’une rare violence, que ce soit en banlieue ou en centre-ville. Depuis, la situation semble s’être calmée.

A ce jour, la révolte populaire est déjà plus violente qu’en 2005 ne serait-ce que par le nombre de voitures ou bâtiments brûlés, ce sont plus de 4 576 véhicules qui ont été incendiés depuis le début du mouvement et près de 946 bâtiments qui ont connu le même sort. Les manifestations sont d’une violence d’une rare intensité et les pillages sont légions. En effet, aux émeutes contres l’Etat et la police s'ajoutent régulièrement des émeutes de la faim, l’inflation bien présente aujourd’hui en France touche également les banlieues de plein fouet et de nombreux magasins se font piller. Ce qui dénote le caractère particulièrement tendu de la situation sociale aujourd’hui en France, c’est le fait que ces pillages se passent par moment en pleine journée comme un Apple Store qui s'est fait piller à Strasbourg samedi après-midi. Les violences et la casse qui résultent de ces émeutes sont parfaitement ciblées, effectivement, de nombreux commissariats ont été pillés avant d’être incendiés. Durant les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, un nombre conséquent de mortiers est utilisé mais également des armes plus directes comme le cocktail molotov. Dans certains quartiers, des personnes ont également utilisé des fusils à pompe pour détruire des caméras de surveillances ou des kalachnikov pour intimider les forces de l’ordre.

Cependant, la violence n’est pas que du côté des émeutiers, dans ces affrontements le niveau de violence est réciproque face à la répression qui a lieu.
Ne serait-ce que sur la marche blanche organisée pour Nahel 2 jours après sa mort, les forces de l'ordre n’ont pas hésité dès le début de la manifestation à gazer le cortège et à tenter de le disperser, ce qui a provoqué des violences qui ne se sont stoppées que tard dans la nuit.
La répression, de son côté, n’attend pas. Dès le premier soir, les gaz lacrymogènes et les LBD pleuvent dans les cités. A tel point que nombre d'officiers de police se plaignent de ne plus avoir de munitions à tirer. Pour combler ce manque de moyen, le lendemain ce sont près de 45 000 policiers et gendarmes qui sont déployés dans les cités, la Brigade de Recherche et d’Intervention (B.R.I) ainsi que le RAID sont déployés dans plusieurs villes en France. Ces unités, non formées au maintien de l’ordre mais formé au situation de terrorisme ou de prise d’otage opèrent équipées d’arme à balle réelle telle que des fusils d’assauts ou bien des fusils à pompes. Ces unités interviennent également en manifestation et n'hésitent pas à interpeller en braquant leur fusil à pompe à bout portant, faisant courir un risque létal pour les personnes interpellées. Cette présence d’armes de guerre dans le maintien de l’ordre français questionne. Combien de temps avant un nouveau mort à cause d’un policier ? La réponse à cette question est : 5 soirs. Il aura suffi de 5 soirs pour que la police récidive et abat un homme à Marseille en lui tirant un LBD dessus.

Certains policiers, durant ces émeutes ne se sont pas contentés des armes “non létales” mais ont préféré faire usage de leurs armes à feu contre des manifestants, comme le prouve certaines vidéos circulant sur les réseaux sociaux.
Des mesures dignes d’un pays fasciste ont également été mise en place, en effet plusieurs villes ont décrété des couvre-feu la nuit, nationalement sur ordre du ministère de l’intérieur la coupure des transports en commun à partir de 20h, et enfin le gouvernement a de son côté avoué qu’il n’hésiterait pas à couper les réseaux sociaux s’il le fallait.
Du côté des chiffres, la répression ce sont près de 3486 personnes arrêtées depuis le début du mouvement. Mais malgré cette forte répression, le soir, la police a reculé dans les quartiers face à l’intensité de la révolte en cours. En effet, malgré les blindés de la B.R.I, les drones, les couvre-feu et les moyens conséquents mis en place, les forces de l’ordre reculaient face aux tirs de mortier et au nombre de personnes présentes dans la rue. Le gouvernement français a tenté d’éteindre cette révolte par la répression une fois de plus, mais ce coup-ci la révolte était trop grande pour être contenue.

Cette détermination a résisté face aux forces de l’ordre, montre une colère qui s’exprime et qui ne s’arrête pas à Nahel, cette colère est bien plus ancrée que cela. Plus qu’une mort à venger, c’est tout un système à faire tomber. Une colère allant des premier “Zéro Un” jusqu’à la mort de Nahel mardi dernier. La révolte qui parcourt aujourd’hui les banlieues en France n’est que le résultat des politiques successives abandonnant les cités depuis plusieurs dizaines d'années. Aujourd’hui, ce n’est pas que la police qui est remise en question, c’est tout un système étatique et capitaliste qui est remis en cause. Tout ce que l’Etat a pu faire durant les dernières années dans les cités n’a été au mieux que pour les dompter par l’école et l’obligation de s’intégrer à la culture dominante et au pire que pour les réprimer par l’utilisation excessive d’un maintien de l’ordre brutal ou encore par l’expérimentation de méthodes de répression qui sont expérimentées d’abords dans les cités avant d’être généralisé à l’ensemble de la population.
Cette révolte est donc bien plus qu’une simple vengeance, elle est la conséquence directe de ce système étatique et capitaliste. Même si le mouvement n’a pas tenu dans sa durée, la rapidité et la rage avec laquelle il a pris montre bien que même si cette flamme là s’éteint, les braises sont brûlantes et il ne tient qu’à nous de souffler dessus.

Crédit photo : EPA - Yoan Valat ; ©Thomas Padilla / MAXPPP) ; LP / Olivier Corsan ; Ebra Info/Antonin Deslandes; Thierry Thorel ; Emni




Commentaires