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Le talon de fer Colombien

  • labarricadejournal
  • 14 juin 2021
  • 4 min de lecture


Le peuple colombien se tient debout depuis le 28 avril. En dépit d’une répression féroce qui a déjà coûté la vie à de nombreux manifestants, les mobilisations ne semblent pas montrer de signe de reflux. Malgré la fatigue, la peur et le danger, ces militants nous offrent une leçon de courage et il est de notre devoir de porter leur lutte aux oreilles du plus grand nombre. C’est en effet une chape de plomb médiatique qui projette son ombre sur la Colombie, les médias locaux diffusent tour à tour fake news, propagande et désinformation, tandis que les médias occidentaux continuent leur passivité révoltante. Nous rendrons justice au peuple.


Depuis 20 ans, une guerre interne :


La situation colombienne s’est grandement dégradée depuis les années 2000. Sous la présidence de Àlvaro Uribe, le pays s’oriente vers une politique néolibéral et violente. En effet, le gouvernement se lance dans une politique de guerre intérieure envers les narcotraficants et les guérilleros révolutionnaires. S’appuyant sur le soutien de la bourgeoisie, il va réduire les capacités de l’État et dégrader la condition des plus pauvres. Le courant de l’« Uribisme » cristallise une lutte des classes menée par les capitalistes.

Lors des élections de 2018, la présidence du pays revient à Ivàn Duque, candidat uribiste, qui s’évertuera à continuer la même politique. Elle repose sur les piliers suivants :


1) liens organiques avec le narcotrafic.

2)développement du paramilitarisme et des milices privées pour se maintenir au pouvoir.

3) domination économique par des appropriations sauvages de terres, développement d’une puissance économique adjacente à celle de l’oligarchie traditionnelle.

4) économie de guerre.

5) promotion du néolibéralisme dans le pays.

« Il y a de bonnes lois là où il y a de bonnes armes » - Machiavel

Cette maxime pourrait illustrer la vision guerrière des politiques néolibérales.

Le gouvernement colombien mène une violente répression des troubles internes. Dans ce climat de nombreux territoires se trouvent menacés. Des bandes armées, des narcotrafiquants, des milices d’extrême droite ( les Aguilas negras ) et une armée au main libre contrôlent de large pan du territoire et projettent la terreur sur les populations. L’armée et les paramilitaires bénéficient en effet d’une quasi immunité justifiée par les ennemis de l’intérieur, ainsi exactions et crimes de guerre sont légion.


La Révolte


Les causes des derniers évènements sont à trouver ici, précarité sociale et violence étatique. Ce qui mit le feu au poudre fut une réforme fiscale des plus odieuses visant à imposer les plus pauvres, par l’augmentation très importante de la TVA. Loi inacceptable dans un pays qui a subi de plein fouet la crise du covid avec maintenant plus de 40% des habitants sous le seuil de pauvreté, une augmentation de 9% du chômage et une perte de 7,8% du PIB. Incapable de supporter une telle injustice, une violence qui vous affame, le peuple n’avait d’autre choix que de se lever et ils ne se mettra plus à genoux car de ce processus il n’a rien d’autre à perdre que ses chaines.



Les mobilisations commencèrent par des marches pacifiques et des grèves mais cela rougit rapidement. Devant l’ampleur des mobilisations l’État fit appel à l’armée et aux milices, rompues à la guerre, celles-ci formèrent un talon de fer. Les balles ont plu sur la « première ligne » nom donné à la jeunesse populaire qui entraîne le mouvement jour après jour, balle après balle. Nous avons pu voir les quelques vidéos qui nous sont parvenu sur les réseaux sociaux, une mère pleurant son fils de 10 ans gisant, des corps ainsi que des personnes apeuré.es qui fuient. La nuit brisée par les coups de feu et les histoires sur les nombreux disparu.es des premiers jours, ces derniers dont les corps commencent à réapparaître.

Ces informations nous sont parvenues par internet, localement les manifestants se tiennent au courant via les réseaux car les médias diffusent en boucle le récit de l’Etat, niant les exactions, les tueries, blâmant l’opposition et montrant du doigt les vandales et casseurs. La réalité dénote de ce discours institutionnalisé. Les médias « mainstream » font encore la preuve de leur fidélité à la bourgeoisie, cela n’est pas sans rappeler leur utilisation lors du coup d'État anti-chaviste de 2002.



Le témoignage de Natalia Zapata diffusé sur instagram est l’un des plus marquants, cette jeune francophone résidant à Cali, troisième ville du pays et épicentre de la contestation, nous fait le récit d’une situation d’exception. Des morts quotidiens, une peur pour soi et sa famille. Des actes de barbarie sont commis par les forces de l’ordre, viols, meurtres, détentions arbitraires et disparitions. Il est à noter qu’un fichage des manifestants est à l'œuvre, des individus pouvant être arrêté.es après coup en dehors des manifestations.

Nous pouvons évoquer au moins une soixantaine de mort.es, 2300 blessé.es, plus de 500 disparu.es. Il convient d’ajouter à ces chiffres l’attaque de 129 journalistes dont des internationaux.

L'État colombien est criminel et dans son but de cacher ses horreurs il s’oppose à l’enquête indépendante voulu par l’ONU ainsi qu'à l'entrée sur son territoire de la commission inter-américaine des droits de l’Homme.


Le mouvement de protestation colombien se veut populaire et méfiant envers les représentants, si certains dialogues ont eu lieu avec le gouvernement mais ce furent des échecs. En dépit de la propagande de l'Etat, 83% des Colombiens continuent de soutenir le mouvement.


Revendiquant plus de justice sociale dans un pays profondément inégalitaire, exprimant un ras le bol envers la corruption et un désaveu des élites traditionnelles, la contestation colombienne est légitime. Le courage dont font preuve les jeunes colombien.nes qui se dressent face à l’Etat doit nous inspirer, nous nous devons de partager leurs luttes.








Crédit photo : JOAQUIN SARMIENTO, Sebastian Barros/NurPhoto


Sources :









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